Goma: «Le rapport», cette corruption en plein air sur la voirie urbaine

Goma: «Le rapport», cette corruption en plein air sur la voirie urbaine
 
Sur les axes routiers de la ville de Goma, des postes de police de circulation routière officiellement érigés pour cette fin, servent non de poste de contrôle aux agents mais de lieu où ils s'enrichissent en complicité avec les conducteurs. D'où les problèmes de tracasserie policière dans ce chef lieu de la province du Nord-Kivu.
A Goma, comme dans d'autres villes de la RDC, la Police de Circulation Routière et la Commission de Prévention Routière, ont pour mission de s'assurer si le conducteur détient un permis de conduire de la catégorie du véhicule qu'il conduit. Ils sont aussi autorisés à contrôler les autres titres de transport et prévenir les accidents de la route par des actions de sensibilisation et d'éducation. Le contrôle du bon état de fonctionnement du véhicule, de l'usure pneumatique, du fonctionnement de l'essuie-glace, des feux clignotants, des phares, relève de leur compétence. Ils peuvent également contrôler les débordements pouvant gêner les autres véhicules etc. Malheureusement, ces agents chargés des contrôles routiers, loin de se limiter à la mission qui est la leur et qui donne lieu à des répressions, s'engagent parfois dans des pratiques illicites des rançonnements communément appelés « Rapport ».
« Le rapport », cette corruption en plein air sur la voirie urbaine de Goma
Vous connaissez peut-être ce jargon. Vous êtes au volant de votre véhicule, un agent de la Police de Circulation vous donne injonction de vous arrêter puis vous démande où est le rapport. Vous lui sortez tous les documents de bord, après il rétorque : « Bana nanga bakolya ba papiers oyo ? » (Mes enfants vont manger ces papiers ? ». À vrai dire, Mr l'agent n'a pas besoin des papiers mais du « Rapport » ou « madesu ya bana », qui consiste pour chaque conducteur à donner une somme d'argent à chaque point de contrôle de la Police de circulation routière aux agents de cette dernière. 
Certains agents du PCR préfèrent négocier sur place avec des conducteurs que d'aller jusqu'au bureau, encore que là aussi, il suffira d'un coup de téléphone ou la présentation d'une carte de visite pour que le véhicule arrêté soit rendu sans aucune autre forme de procès. Ainsi, si le Code de la Route prévoit par exemple 20.000fc d'amende, les agents du PCR et le conducteur marchandent ces frais qui finissent dans leurs poches plutôt que dans le trésor public.
« Le rapport », un mal institutionnalisé ?
Avoir de l'argent de pourboire quand on conduit sur la route semble être préférable qu'avoir une vignette et un permis de conduire. Presque tous les usagers de la route sy sont faits, du citoyen lambda aux autorités. Tous points considérés, le permis de conduire perd toute sa valeur que certains n'hésitent plus à prendre le volant sur la voie publique sans en avoir le permis, car se disent-ils, à quoi servirait-il de chercher un permis de conduire ? C'est seulement par pure formalité qu'on l'achète et non plus pour des mesures de sécurité sur la route. Encore que, même si on est détenteur d'un permis de conduire dûment obtenu, on sera l'objet des tracasseries des agents de la PCR pour autant quon naura pas accepté de donner ce qu'ils qualifient de Rapport.
Les agents de la PCR doivent comprendre que l'État ne les emploie pas pour extorquer, mais pour rendre viable la circulation routière.  Même lorsqu'ils sont appelés à constater des contraventions à charge des conducteurs, ils doivent éviter de trouver des termes qui sont de nature à friser un conciliabule entre eux et le conducteur fautif.  Mais, Comment peuvent-ils jouer parfaitement leur rôle alors qu'ils deviennent en quelque sorte des percepteurs des taxes qu'ils ont eux-mêmes instituées ? 
Jonas SINDANI